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Matthew Boulton (1728-1809), Soho Manufactur.Comp. : ce précurseur de la révolution industrielle a mécanisé les usines

Le bicentenaire de sa mort, en 2009, est passé totalement inaperçu. Et pourtant, sans lui, la machine à vapeur révolutionnaire inventée par James Watt n’aurait jamais rencontré le succès. Matthew Boulton, celui dont le nom a été injustement oublié, fut l’artisan de la réussite de Watt et par là même l’un des acteurs majeurs de la première révolution industrielle, née, comme lui, en Angleterre.

Bien avant sa rencontre avec Watt, Boulton avait amassé une fortune en reprenant à 31 ans la petite fabrique de son père, spécialisée dans la quincaillerie, pour en faire une entreprise florissante. Au milieu du XVIIIe siècle, la Soho Manufacturing Company, installée dans la banlieue de Birmingham, produit en quantité objets métalliques, médailles, bijoux et monnaies. Elle fait partie de ces établissements précurseurs qui pratiquent déjà la production en série à grande échelle, avec une division du travail poussée.

L’un des très rares patrons de l’époque à diriger une entreprise dépassant le millier d’ouvriers, Boulton est donc un pionnier de cette industrie moderne qui commence alors à s’affirmer. Mais l’homme est plus qu’un simple patron. C’est un esprit curieux, brillant, qui s’intéresse à tout. Un pur produit des Lumières, persuadé que l’émulation naît de la rencontre entre industriels et scientifiques, et que le progrès en découle.

Passion pour la recherche. C’est ce qui l’amène à fonder, en 1766, la Lunar Society (qui doit son nom aux réunions mensuelles fixées à la pleine lune). A l’époque, de très nombreuses académies scientifiques provinciales fleurissent en Grande-Bretagne. Les plus actives sont dans le Nord et les Midlands, là où se nouent les contacts entre industriels, hommes de science et esprits éclairés.

La Lunar Society en est l’illustration parfaite : dans un cadre informel mais ultrastimulant, elle rassemble des hommes qui partagent une même passion pour la recherche technologique et ses applications industrielles.

Certains membres sont des personnalités de renom (Thomas Jefferson et Benjamin Frank­lin, par exemple), et c’est là que Boulton fait la connaissance du physicien et poète Erasmus Darwin (grand-père de Charles, qui bouleversera le monde avec sa fameuse théorie de l’évolution). Les deux hommes se découvrent de nombreux centres d’intérêt communs et regroupent autour d’eux d’autres esprits de grande valeur, parmi lesquels l’inventeur et ingénieur écossais James Watt.

Alliages inédits. Avant l’arrivée de Watt en 1767, Boulton et Darwin avaient déjà travaillé sur la machine à vapeur. Boulton s’était même essayé à en construire une. Mais le modèle de Watt est révolutionnaire. Ses performances sont trois fois supérieures à celles de la machine fabriquée à 75 exemplaires par Thomas Newcomen, qui avait acquis les droits de l’invention du Français Denis Papin. Il faut toutefois résoudre certaines questions techniques avant de passer à la fabrication en série.

C’est là que l’alliance entre ingénieurs et industriels se révèle précieuse. Ainsi, l’idée de Watt d’ajouter un condenseur séparé pose des problèmes de technique sidérurgique pour la réalisation de certaines pièces. Boulton l’aide, en utilisant sa fabrique de Soho pour procéder à des essais de nouveaux minerais et de nouveaux alliages.

De même, la technologie des hautes températures et de leur mesure constitue un autre défi, faisant converger les préoccupations de Boulton, qui fabrique des thermomètres, de Watt, avec sa machine à vapeur, et d’un industriel de leurs amis à la tête d’une usine de céramique.

Malgré ces difficultés techniques initiales, l’association entre Watt et Boulton va s’avérer avantageuse pour les deux hommes. Il faut dire qu’une réelle complicité les unit : ils partagent une même curiosité insatiable pour les sciences, un même esprit entreprenant et une volonté de faire bouger les choses.

Service après-vente. En revanche, pour ce qui est du sens des affaires, heureusement pour Watt que Boulton est là. C’est grâce à lui qu’il évite la ruine en attendant la commercialisation des premières machines en 1775. Les deux hommes en écouleront près de 600.

Ils ne les vendent pas, mais touchent une redevance équivalente au tiers des économies de charbon réalisées par rapport à la machine de Newcomen (qui en consommait quatre fois plus). Surtout, les relations de Boulton dans le milieu politique permettent à Watt d’obtenir d’abord, en 1775, la prolongation de son brevet sur la machine à vapeur (ce qui assure aux compères un monopole juteux jusqu’en 1800), puis l’abrogation de l’interdiction d’exporter des machines, ce qui offre à leur entreprise de nouvelles perspectives.

Car, une fois équipé le marché britannique, la firme Boulton & Watt se lance à la recherche de nouveaux débouchés à l’étranger. La demande est en effet très forte, tant pour créer de l’énergie dans les fabriques, où la machine à vapeur remplace les roues à aube, que pour pomper l’eau des mines ou frapper les monnaies.

Pour la satisfaire, Boulton utilise des techniques de vente originales. En effet, même si l’espionnage industriel fait déjà rage, incitant certains hommes d’affaires européens à tenter de piller les secrets de Watt, il ne suffit pas de s’être procuré une machine pour arriver à la reproduire et à la vendre. Car, hors de l’Angleterre, l’industrie est si balbutiante que le manque de mécaniciens est criant. L’atout de Boulton et Watt, quand ils vendent une machine, c’est de pouvoir former le client en lui envoyant un technicien qui reste en poste pendant trois ans.

Un service-après vente avant l’heure qui fait toute la différence. Les premières machines étant souvent achetées par des aristocrates ou des grands bourgeois, l’employé expédié avec la machine est en général un homme très instruit. C’est ainsi que le neveu de Boulton dirige l’assemblage de la première machine à vapeur à la Monnaie de Saint-Pétersbourg, en 1802.

Salariés émigrés. Walt et Boulton sont aussi amenés à jouer un rôle d’expert dans l’application de la vapeur à des fins industrielles. Ils offrent à l’acheteur tout ce dont il a besoin, le renseignant sur les performances des machines, et lui fournissant des études sur le coût et les débouchés des produits dont elles facilitent la fabrication.

Ils offrent même parfois la main-d’œuvre des usines qu’ils mécanisent, du directeur à l’ouvrier, se chargeant personnellement de payer une pension à la famille des salariés anglais émigrés. Une technique de vente ultra-efficace, qui permet à nos deux Anglais de devenir leaders dans leur domaine et de faire de la machine à vapeur le fer de lance de l’industrialisation naissante de l’Europe.

Si le nom de Matthew Boulton sera ensuite éclipsé par celui de son associé, il n’en reste pas moins qu’il fut le premier entrepreneur moderne. Son étonnant sens des affaires, sa maîtrise des enjeux de la propriété intellectuelle, son goût pour la recherche et le développement, sa capacité d’organiser rationnellement la production et sa volonté de s’implanter sur les marchés étrangers restent les principales compétences demandées aux aspirants P-DG plus de deux siècles après sa mort.

Matthew Boulton (1728-1809), Soho Manufactur.Comp.
Matthew Boulton (1728-1809), Soho Manufactur.Comp.Matthew Boulton (1728-1809), Soho Manufactur.Comp.
Matthew Boulton (1728-1809), Soho Manufactur.Comp.
Matthew Boulton (1728-1809), Soho Manufactur.Comp.
Matthew Boulton (1728-1809), Soho Manufactur.Comp.

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  • : Je suis un collectionneur sans prétention de pièces Britanniques anglaises du XVIII - XIX - XX et plus spécialement du Roi George III ( 1760-1820 ). POURQUOI ? Ces pièces sont belles, d'une grande diversité, chargées d'histoire, enigmatiques, .... et peu onéreuses. J'avais commencé cette collection à l'âge de 10 ans et je l'ai complétée grâce à @nternet.
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